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Entretien avec Alexandre Faure, docteur en études urbaines à l'EHESS et post-doctorant à la Fondation France-Japon

Portraits

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04/05/2020

Docteur en en études urbaines à l'EHESS et intervenant lors de notre cycle de rencontres sur les modalités de recherche en partenariat, Alexandre Faure est actuellement post-doctorant à la Fondation France-Japon de l'EHESS.


Pourquoi avez-vous rejoint l'EHESS ?

J'ai rejoint l'EHESS après une année de master en urbanisme qui ne m'avait pas apporté ce que je souhaitais. J'avais commencé mes études par une licence bi-disciplinaire à Lyon-II en science politique et en géographie. Les enseignements et le contenu des cours m'avaient beaucoup plu, mais je voulais alors m'orienter plutôt vers des études en rapport avec la ville. L'étude de la science politique pour elle-même ne correspondait pas à mes attentes. En arrivant à Lille, il s'est avéré que mon master professionnel en urbanisme avait tendance à sous-estimer, à mes yeux, le rôle du politique dans les dynamiques urbaines. C'est face à ce double constat que j'ai décidé de m'orienter vers un cursus de recherche.

Pour être honnête, je n'avais pas spécialement envie de venir à Paris, et je ne connaissais pas l'EHESS. J'avais un vague souvenir en licence d'avoir vu l'un de mes camarades à Lyon-II partir pour cette école. Ce qui m'a convaincu, c'est la méthode de sélection des étudiants sur projet et non pas sur concours d'accès (l'expérience des concours de Sciences-po est grandement liée à cette aversion pour ce mode de sélection méritocratique et aujourd'hui très inégalitaire).

Pourquoi l'EHESS  ? C'est définitivement un concours de circonstances qui m'a amené ici.


Quels sont les sujets de vos recherches ?

Mes recherches portent sur le lien entre le politique et la ville. Dès la fin de ma première année de master en urbanisme à Lille, j'ai été particulièrement intéressé par la question du temps. En effet, les dynamiques urbaines et la démocratie représentative comportent un certain nombres de temporalités souvent contradictoires et conflictuelles, mais dont l’enchevêtrement explique en grande partie les grandes tendances à l’œuvre en matière d'urbanisme.

J'ai donc commencé mes recherches à l'EHESS par une étude exploratoire (c'est là le bonheur de la recherche à l'EHESS) d'un chantier et de son calendrier politique. Cela concernait les travaux des Halles au centre de Chambéry en Savoie. Le but, était de comprendre l'origine, l'évolution et la réalisation de ce grand projet d'urbanisme visant à rénover les vieilles Halles en béton dont le bâtiment est remarquable sur plusieurs points. Comme j'ai essayé de le montré dans mon mémoire de master 1, il aura fallu trente-cinq ans pour rénover ce bâtiment, depuis le montage d'un projet, son approbation par les parties prenantes, le relogement des activités existantes à l'intérieur, la gestion de problèmes nouveaux ralentissant le financement de ce projet, le chantier en lui-même et son inauguration. Trente-cinq ans, c'est long pour finaliser un projet. Dans ce cas, cela correspond à quatre maires sur six mandats.


Les Halles de Chambéry © CC

Suite à ce premier mémoire, j'ai décidé de continuer l'exploration en m'intéressant justement à la question du mandat. J'ai changé de terrain en étudiant Bagnolet en Seine-Saint-Denis et en interrogeant le mandat 2008-2014. Le but était d'analyser l'évolution de la majorité municipale au prisme des enjeux d'urbanisme et de réforme de es institutions au moment de la mise en place des politiques dites du "Grand Paris" et à la veille de la création de la Métropole du Grand Paris (1er janvier 2016). Bagnolet est alors une mairie communiste depuis 1928. Le mandat qui commence en 2008 est un mandat chaotique, traversé par un échec sur les dossiers de la rénovation urbaine, sur une difficulté pour la majorité municipale de s'insérer dans les projets intercommunaux et finalement une difficulté à justifier des choix faits durant les dernières années. Analyser ce mandat, je ne le savais pas encore au début de mon mémoire (les élections ont eu lieu au milieu de mon terrain), c'était analyser une chute, celle du communisme municipal à Bagnolet. Pour la ville, pour les habitants, cela a eu de grandes conséquences : de nombreux projets étaient à l'arrêt ou bâclés, dans ses dernières décisions, le maire à autorisé la construction de nombreux immeubles et donc avaliser une croissance importante de la population ; tout un ensemble de transformations qui ont changé la ville sans pour autant répondre à un projet d'ensemble et cohérent.


Ce terrain en région parisienne m'a incité à élargir ensuite mon projet de thèse. J'ai obtenu à l'EHESS un contrat doctoral et j'ai donc commencé ma thèse sur les temporalités politiques et urbanistiques du Grand Paris. Le but était de confronter les différentes dynamiques politiques et urbaines participants à la création de l'imaginaire actuel du Grand Paris : c'est-à-dire un grand projet d'infrastructures de transport d'un côté (validé en 2010), un projet de densification urbaine de la première couronne (validé en 2013) et un projet politique de gouvernance métropolitaine (validé en 2014). Quand je parle d'imaginaire du Grand Paris, c'est l'idée qu'aujourd'hui, une partie importante des médias et des étudiants que je croise, pensent ces différentes facettes du projet comme un ensemble cohérent : il y aurait un projet du Grand Paris présidant à l'extension du centre de Paris sur les banlieues. Cependant, l'étude des temporalités politiques montre que ces projets forment tout sauf un ensemble cohérent. Ils répondent à des contextes, des volontés politiques, des coalitions d'acteurs et des instruments politiques très différents et dont les missions et les objectifs se chevauchent et potentiellement entrent en conflit.


Plan dit du nouveau Grand Paris

Mes recherches se concentrent en études urbaines et politiques sur le phénomène de métropolisation, les grandes infrastructures de transports et les dynamiques politiques métropolitaines.


Quel a été votre parcours après la thèse ?

Après mon contrat doctoral, j'avais encore une année pour finir ma thèse. J'ai été mis en contact avec la Fondation France-Japon de l'EHESS afin de réaliser une étude financée par Toyota Motor Corporation sur le déploiement de l’électro-mobilité et notamment des infrastructures de recharge dans plusieurs métropoles européennes. À ce moment-là, j'étais en phase d'écriture et de finalisation. Je cherchais alors un travail pour financer la fin de ma thèse et aussi pour sortir de mon sujet de thèse, car intellectuellement c'est important de faire autre chose.

Une fois ma thèse soutenue, j'ai continué à la FFJ en tant que post-doc et j'ai eu la chance de pouvoir élargir mon sujet de thèse à la question des politiques urbaines au Japon et en particulier à Tokyo. C'est une opportunité que je n'aurais pas pu avoir sans le soutien de la Fondation.

L'après-thèse est un moment singulier dans lequel on a l'impression d'être spécialiste d'un sujet et où il est difficile de se projeter sur d'autres terrains. Le fait d'avoir un soutien institutionnel pour m'ouvrir à un nouveau terrain totalement différent de celui que je connaissais, mais aux tenants et aux aboutissants scientifiques finalement assez proches, permet de mieux appréhender la transition de la fin de thèse. Il est indispensable, je trouve, de ne pas se cantonner à son sujet de thèse et de chercher de nouveaux horizons. Non seulement c'est bénéfique personnellement, mais ça l'est tout autant scientifiquement car finalement, en étudiant Tokyo, je réinterroge en permanence mon premier terrain parisien et mes conclusions à partir d'un biais différent.


 

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