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Entretien avec Simon-Pierre Savard-Tremblay, docteur en socio-économie du développement et homme politique au Québec

Portraits

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05/08/2019

Docteur en socio-économie du développement à l'EHESS, Simon-Pierre Savard-Tremblay nous raconte ses études à l'École, son retour au Québec et son engagement politique.


Pourquoi et comment avez-vous rejoint l'EHESS ?

En 2014, alors que je terminais ma maîtrise en sociologie à l’Université du Québec à Montréal, laquelle portait sur la question nationale québécoise, je réfléchissais à mes futures recherches doctorales, que j’envisageais d’orienter dans le champ de l’économie politique. Je faisais également un stage de deux mois au ministère de l’Éducation nationale à Paris et j’en profitais pour multiplier les rencontres. Lors d’un café avec l’économiste Jacques Sapir, directeur d’études à l’EHESS et dont j’appréciais déjà les analyses, il m’est venu à l’esprit de poursuivre mes études doctorales sous sa direction, avec pour codirectrice la sociologue Florence Weber, un monument dans son domaine.


Quels y étaient vos sujets de recherche ?

J’étais inscrit dans la formation « Territoires, Sociétés, Développement » et j’ai obtenu un doctorat en socio-économie du développement. Ma thèse a porté sur « l'économie de la concurrence » et interrogeait la pratique systématique de la « notation » dans un cadre d'analyse critiquant le néo-libéralisme.

M’inspirant de réflexions sociologiques sur la dialectique évaluation-construction qui accompagne les outils de mesures, j’ai cherché à faire la lumière sur l’utilisation des indices et des palmarès comme instruments disciplinaires du néolibéralisme. La mondialisation témoigne d’une multiplication des mesures, imposant une pression permanente sur une multitude d’entités qui ont le fardeau de la performance dans l’application des normes véhiculées. Le Forum économique mondial (FEM) et l’International Institute for Management Development (IMD) produisent annuellement des rapports sur la compétitivité des États, contribuant à les mettre en concurrence dans la conversion de leur logique interne au modèle colporté par les critères pris en compte dans la construction des indicateurs. 

Bien qu’elle nomme ce modèle, la compétitivité est pourtant un concept assez flou sur le plan scientifique. D’abord appliquée aux entreprises pour désigner leur capacité à affronter la concurrence, elle a ensuite été importée dans l’univers des États. La compétitivité est double, désignant à la fois un projet intérieur et la concurrence existant entre les États pour établir ledit projet, assignant à l’État une mission de séduction des capitaux et investissements à une époque d’hypermobilité, où ils sont ainsi particulièrement difficiles à capturer. Le projet de la compétitivité colporte un interventionnisme indirect, où chaque État doit mettre en place le cadre optimal au monde des affaires. Après avoir défini théoriquement le sens de la compétitivité comme projet politique, social et économique, j’ai déconstruit les critères et méthodologies des grands classements chargés de mesurer son implantation dans chaque pays. 

J’ai souhaité ainsi faire la lumière sur une institution économique colportant la vision néolibérale du monde et questionner la prétendue neutralité normative et scientifique de la traduction quantifiée de la réalité qu’opère le néolibéralisme.


Quel a été votre parcours après vos études à l'EHESS ?

Ma soutenance de thèse s’est tenu il y a à peine un an, mon parcours depuis est donc plutôt court. J’ai essentiellement poursuivi, pendant plusieurs mois, ce que je faisais auparavant, c’est-à-dire mes activités de chroniqueur, d’animateur, d’essayiste et de chargé de cours à l’université. J’ai eu par ailleurs l’occasion de convertir ma thèse en éventuelle publication. 

Puis, l’hiver dernier, j’ai annoncé ma candidature pour le Bloc québécois, parti indépendantiste siégeant au parlement canadien, dans la circonscription de Saint-Hyacinthe-Bagot. L’élection générale se tiendra le 21 octobre prochain.


Les enseignements que vous avez reçus à l'École vous aident-ils dans votre engagement politique ? 

La vie est un éternel apprentissage et j’ai toujours perçu la politique non comme une fin en soi, mais comme un moyen. Il faut cependant être adéquatement préparé pour plonger dans un tel univers. Il va sans dire qu’un doctorat contribue à forger une pensée et construire une expertise. Je ne pourrais dire que tout reposait uniquement sur celui-ci : au moment de déposer ma thèse, j’avais déjà signé trois ouvrages et des centaines de chroniques, en plus d’avoir su compter sur un passé militant formateur. L’EHESS m’a néanmoins permis de pousser plus loin un certain sens de la rigueur scientifique et j’en suis très reconnaissant à cette institution.


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