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Entretien avec Stéphane Breton, diplômé en anthropologie et chargé de mission à l'Institut pour l'éducation financière du public

Portraits

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09/09/2020

Lauréat d’un diplôme de l’EHESS en anthropologie au début des années 2000, Stéphane Breton travaille dorénavant à l’Institut pour l'éducation financière du public. Il nous raconte comment l’École et l’anthropologie ont modifié sa manière de penser le monde.


Pourquoi avez-vous choisi l’EHESS ?

Depuis 1997, je travaillais comme collaborateur parlementaire à l’Assemblée nationale. Au cours de mon travail, j’ai lu Un ethnologue à l’Assemblée, une étude anthropologique du lieu écrite par Marc Abélès, anthropologue à l’EHESS. J’ai beaucoup aimé son écriture : vivante, intelligente, structurante. C’était comme un film, mais écrit.

À ce moment-là, je disposais déjà d'un DEA en histoire. Cependant, je me suis rendu compte à la lecture de l’ouvrage de Marc Abélès que l’anthropologie élargirait ma compréhension du monde social et des processus de construction et de comportement. C’est ainsi que j’ai décidé de contacter Marc Abélès et que je suis rentré en 2001 à l’École pour y passer un diplôme de l’EHESS.


Quels étaient vos sujets de recherche ?

Comme j’avais entre-temps quitté l’Assemblée nationale et que je participais aux activités de l’Institut Jean-Jaurès, un think tank français, j’avais envie de porter entre autre un regard réflexif sur  cette expérience. J’ai donc consacré mon mémoire à l’étude des think tanks politiques dans l’Union européenne.

L’anthropologie m’a apporté un regard critique sur ce que je faisais. Je voyais mieux le fonctionnement, le positionnement politique et les mécanismes de production collective de l’intelligence au sein de ces think tanks.

Paradoxalement, les activités que j’y menais m’ont finalement paru stériles. C’est pourquoi, peu après mon diplôme, j’ai arrêté ma collaboration avec ce think tank.


Quel a été votre parcours professionnel au sortir de l’École ?

L’enseignement que j’ai reçu à l’École a d’une certaine manière marqué la fin des illusions que je nourrissais pour la sphère politique. J’avais alors eu besoin de coucher sur le papier mon regard critique, de formaliser mon vécu.  

En 2002, j’ai intégré l’administration publique. Dans un premier temps, j’ai travaillé pendant cinq ans à la Caisse nationale d’allocations familiales (Cnaf), qui supervise la politique familiale en France au travers de l’ensemble des CAF. J’y produisais certes du discours institutionnel, mais un discours qui me paraissait plus concret que le discours politique.

Par la suite, j’ai rejoint l’Institut pour l'éducation financière du public, poste que j’occupe encore aujourd’hui. J’ai pour mission de promouvoir « l’éducation financière » auprès du grand public et des professionnels du secteur bancaire et financier. Par ailleurs, j’ai exercé comme professeur de droit et d’économie à l’université, au Cned et dans quelques écoles de commerce.

C’est un certain nombre de rencontres et une curiosité toujours présente qui m’ont conduit à travailler à l’Assemblée et à m’inscrire à l’EHESS et c’est de cette manière encore que j’ai poursuivi des études à l’ENA, puis par la suite en doctorat de psychologie clinique –  autour d’une recherche sur l’hypnose chez François Roustang.


Que vous a apporté l’EHESS ?

D’abord un certain goût pour l’observation et l’enseignement. Je ne sais pas comment expliquer cette attirance pour l’enseignement, mais je la sens intimement liée à mon passage à l’École.

Ensuite, évidemment, un goût pour la recherche. Le regard anthropologique m’a permis d’approfondir ce que je n’avais pu qu’entrapercevoir en histoire, en économie et en droit : grâce à lui, je vois et explique bien mieux à présent les processus et les mécanismes invisibles qui produisent le réel. Ma formation en psychologie complète par ailleurs très bien celle en anthropologie. Cette dernière fonctionne à une échelle macroscopique, alors que la première œuvre au niveau microscopique.

Enfin, j’ai adoré l’esprit d’ouverture qui régnait à l’EHESS. Je ne l’avais pas fait à l’époque, mais je me rends compte à présent que vu l’ouverture qu’il y avait, j’aurais pu rendre mon mémoire sous la forme d’un film !


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