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Entretien avec Marie-Hélène Caitucoli, docteure en Études politiques et déléguée générale de la chaire Gouvernance & Régulation de l'université Paris-Dauphine

Portraits

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02/09/2019

Intervenante lors de la remise des bourses d’accomplissement 2019 du Fonds de dotation de l’EHESS, dont nous vous proposions le texte de sa communication, Marie-Hélène Caitucoli, diplômée d’un M2 Études politiques et d’un doctorat d’Études politiques de l’EHESS, aujourd’hui déléguée générale de la chaire Gouvernance & Régulation de l'université Paris-Dauphine et co-directrice du master Gestion publique Dauphine-ENA, explique les raisons qui l’ont conduite à reprendre ses études spécifiquement à l’École.


Quel a été votre parcours professionnel avant l’EHESS ?

Après une classe préparatoire scientifique, suivie d’une licence et d’une maîtrise de mathématiques, j’ai préparé et intégré HEC, école qui renvoyait pleinement alors à ma vocation généraliste. J’y ai beaucoup apprécié l’environnement global très stimulant et la vision panoramique des fonctionnements d’une entreprise qu’on y acquiert, dans une perspective internationale

J’avais cependant aussi depuis longtemps un intérêt philosophique pour tout ce qui a trait à la vie publique mais j’avais malgré tout très envie de commencer à travailler : j’ai rejoint le cabinet de conseil Gemini Consulting, sur des missions particulièrement tournées vers l’international.

Au bout de trois ans, un de mes clients a proposé de m’embaucher dans son entreprise, Bourjois-Chanel. C’est ainsi que j’ai intégré le marché des cosmétiques. Dans un premier temps, j’ai travaillé au département international, dans la continuité de mes précédentes activités. J’avais en charge les marchés de Russie, d’Europe de l’Est et du Moyen-Orient. Puis on m’a confié la mission de mener à bien un audit interne. J’ai été à l’écoute de l’ensemble des marchés de l’entreprise, afin de mieux cerner leurs besoins pour mieux comprendre notre marque. À la suite de cette mission, j’ai pris la tête de l’équipe chargée de répondre aux besoins identifiés entre marchés et siège.

Après deux congés maternité, j’ai eu la bonne surprise de recevoir une promotion et cela mérite d’être souligné ! C’est ainsi que je suis devenue directrice marketing export. Si ce fut une très belle et concluante expérience, j’ai fini par y mettre un terme pour deux raisons. D’une part, avec mes enfants en bas-âge, je souhaitais me réorganiser pour avoir davantage de temps libre. Après mon départ de Bourjois, j’ai monté une petite entreprise de conseil et donné quelques cours de marketing dans une école de journalisme.  D’autre part, les sciences politiques, qui m’avaient toujours attirée, sont alors revenues dans ma vie. Après tant d’années passées dans l’industrie de la beauté – ce que je ne regrette absolument pas, y ayant appris énormément, notamment sur les dimensions managériale, économique et internationale, et fait de très belles rencontres –, je désirais développer une autre approche de l'organisation de la société, à l'interface de ses dimensions économique et politique. Comme j’avais encore un peu de temps libre, j’ai décidé de reprendre des études en sciences politiques pour mieux nourrir cette réflexion.


Pourquoi avez-vous choisi l’École pour votre reprise d’études ?

J’ai connu l’EHESS au travers des ouvrages que je lisais… beaucoup d’auteurs y étaient directeurs ou directrices d’étude. Cependant, je ne connaissais pas encore la mention Études politiques. Lorsque j’ai appris son existence, j’ai tout de suite compris l’intérêt que son master présentait pour moi. Son ancrage dans le réel et en même temps son regard philosophique distancié répondaient à mon double besoin d’engagement et de recul critique.

Pour intégrer le M2, j’ai produit un petit travail de recherche sur les débats idéologiques qui avaient présidé à la construction de l’Union européenne et passé plusieurs entretiens.


Quels étaient vos sujets de recherche ?

Sur la base de ce travail sur la construction européenne, j’ai rencontré mon futur directeur de mémoire Luc Foisneau. Ce dernier m’a encouragée à lire la Théorie de la justice de John Rawls, philosophe américain autour duquel Luc animait cette année-là un séminaire. Mon sujet de mémoire a découlé de cette lecture imposante, fascinante et stimulante puisque j’ai alors réfléchi à une alternative politique à la construction européenne à partir de la conception de la justice de Rawls dans une démocratie libérale et fondée sur des principes d’équité.

J’ai poursuivi mes recherches en thèse, avec cette fois-ci Pasquale Pasquino comme directeur. J’avais toujours autant envie d’explorer les fondements de la légitimité en démocratie, point de départ de mes réflexions et l’une des pistes conclusives de mon mémoire. Fin 2010, quand j’ai commencé ma thèse, venait de sortir un nouvel objet d’étude, que m’a suggéré Pasquale, qui correspondait parfaitement à mes réflexions : les délibérations du Conseil constitutionnel en France de 1958 à 1986, rendues publiques en 2008.

En parallèle de ma thèse, je me suis aussi beaucoup investie dans les activités de la mention. Avec quelques camarades, nous avions fondé à cette fin l’association des Amis de la mention Études politiques. Nous avions également organisé des ateliers de préparation de thèse, des rencontres entre chercheur·euses, ainsi qu’un séminaire de doctorant·es dédié à l’étude fine et précise – comme on nous l’enseignait à l’EHESS – des Federalist Papers, un ensemble de textes écrits par les Pères fondateurs de la Constitution américaine pour justifier les principes politiques mis en œuvre lors de la fondation de la première démocratie moderne.


Que vous a apporté l’EHESS ?

Mes années d’études à l’EHESS m’ont apporté beaucoup de bonheur. J’ai dans un premier temps eu un vrai plaisir à concilier mes activités professionnelles de conseil et d’enseignement, mes études et l’éducation de mes enfants…. moyennant une organisation sans faille ! Toutefois, la thèse a évidemment bien alourdi mon organisation quotidienne, à tel point que j’ai dû renoncer à mes activités de conseil.

Au niveau intellectuel, l’École m’a appris les vertus d’une pensée exigeante et rigoureuse. Les cours nous enseignent à ne pas faire de concessions à sa propre opinion, à ne pas sombrer dans le systématisme, mais au contraire, à savoir évoluer, à toujours se remettre en question et à interroger le réel sans a priori. En Études politiques, j’ai aussi beaucoup apprécié la liberté que nous avions de faire notre miel des différentes positions théoriques ou philosophiques développées par les enseignants-chercheurs.

L’EHESS offre la possibilité de développer une réflexion ancrée dans l’empirie, pour une pensée toujours corrélée à l’action. Cela entrait d’ailleurs en résonance avec mes sujets de recherche. Les philosophes, les auteurs ou les politistes que j’ai étudiés cherchaient toujours à prendre la juste mesure des passions politiques, ou plutôt à en extraire ce qu’elles abritent parfois de plus constructif.


Quel a été votre parcours professionnel au sortir de l’École ?

Pendant un temps, j’ai hésité à poursuivre dans la recherche. Peut-être que si ç’avait été ma formation initiale, j’aurais suivi cette voie. Néanmoins, la tentation de la vie pratique a été plus forte. J’avais envie de contribuer à l’intelligence collective en y apportant ma petite pierre dans une temporalité à peu près maîtrisée… ce désir-là ne m’avait et ne m’a jamais quittée.

Avec quelques camarades de promotion, nous avons monté un cabinet de conseil, appelé Caron Associés – un écho au centre Raymond Aron où nous avions étudié. Le cabinet proposait à des institutions publiques l’aide de doctorants – rémunérés pour ce travail – afin de mieux concevoir, grâce à la recherche, les problèmes qu’elles rencontraient. Cette première expérience m’a permis de sortir en douceur de la thèse tout en rencontrant du monde.

J’ai eu par la suite, assez rapidement, une opportunité à l’université Paris-Dauphine. L’établissement m’a proposé de créer une structure interne articulant l’ensemble des services et des laboratoires de l’université qui s’intéressent aux politiques publiques. C’est ainsi qu’est née la Dauphine House of Public Affairs, que j'ai pilotée, et dont l’ambition est de mettre la recherche au service de l’action publique.

J'ai récemment changé de poste au sein de Dauphine pour y occuper le poste de déléguée générale de la chaire Gouvernance & Regulation. Il s’agit d’une chaire de recherche financée par des entreprises régulées – comme EDF, SNCF, etc… – afin de mieux cerner les enjeux de la régulation économique menée par les actions publiques. C’est une évolution assez logique dans mon parcours, puisqu’elle me permettra d’articuler encore davantage la recherche, l’économie et l’action politique. 


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